Les cervicalgies chez les pilotes de chasse : whiplash, coup du lapin, torticolis, arthrose, hernie


Cervicalgies chez les personnels navigants de l’aviation de chasse française. Étude observationnelle par questionnaire anonyme chez 311 personnels navigants



L’aviation de chasse et ses avions de nouvelle génération, dotés de commandes de vol électriques et d’un rapport poids/poussée supérieur à un, imposent des contraintes majeures au personnel navigant (PN), en terme hémodynamique et musculo-squelettique. Ainsi, une sélection rigoureuse des PN, un suivi médical rapproché et un entraînement physique adapté, sont nécessaires.


Le rachis cervical est considéré comme le « segment rachidien critique » chez le PN de l’aviation de chasse. Les cervicalgies semblent ainsi progresser avec l’amélioration des performances des aéronefs en terme d’accélération.


Depuis les années 1990, la majorité des études entreprises sur le sujet sont étrangères et en particulier américaines. En France, la prévalence actuelle des cervicalgies chez les PN de l’aviation de chasse demeure mal connue. Néanmoins, les cervicalgies sont régulièrement abordées lors des comités d’écoute et d’échanges technico- opérationnels (CEETO) et ce sujet est en plein essor au sein de la communauté scientifique internationale #militaire.


L’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN) a, à ce titre, mis en place un groupe de travail auquel la France participe afin d’établir des recommandations fin 2017 en terme de prévention.


Nous proposons une étude observationnelle à type d’enquête par questionnaire anonyme menée en 2016 chez les PN de l’aviation de chasse de l’armée française. Les objectifs étaient d’évaluer la prévalence des cervicalgies au sein de cette population, d’en déterminer des facteurs favorisants potentiels ainsi que d’en évaluer le retentissement professionnel afin d’envisager des recommandations visant la prévention de ces douleurs.


Les douleurs cervicales


Les cervicalgies ou douleurs cervicales regroupent l’ensemble des douleurs de la région cervicale. Elles sont comprises entre la ligne courbe occipitale supérieure et une ligne imaginaire transverse passant par la pointe du processus épineux de la première vertèbre thoracique(...). Elles correspondent à une douleur aigüe causée par une élongation musculaire ou tendineuse gênant les mouvements de la tête et irradiant vers les #épaules.


Les cervicalgies sont considérées comme le parent pauvre de la pathologie du rachis. Selon la Haute Autorité de Santé, en 2013, environ deux tiers de la population générale sont concernés par un épisode douloureux et l’incidence des cervicalgies communes est estimée à 12,1 pour 1000 par an. Dans la population générale, les cervicalgies ont une prévalence plus marquée chez les femmes et avec l’âge. Cela pourrait être lié à l’interaction de phénomènes d’arthrose cervicale liée à l’âge avec des contraintes professionnelles génératrices de cervicalgies.


Les études dans le milieu professionnel retrouvent des facteurs de risque psychosociaux et organisationnels statistiquement significatifs. Ces facteurs de risque professionnels reconnus sont : une forte demande psychologique au travail (demande de concentration), un faible soutien social, une posture statique prolongée, un travail répétitif et un travail de précision.


Les données sont majoritairement publiées en médecine du travail. Les cervicalgies communes du jeune adulte sont favorisées par l’anxiété, les activités professionnelles ou sportives et les mauvaises positions déclenchant les #torticolis. Ces cervicalgies posturales du sujet jeune sont favorisées par des attitudes prolongées en flexion ou liées à une posture inadaptée durant le travail et le loisir.


Dans la population générale, il est retrouvé que quatre à six heures par jour passées devant un ordinateur augmentent les cervicalgies (9). Les douleurs touchent le plus souvent l’arrière du cou, irradiant vers le milieu du #dos et les épaules. La mobilité du rachis cervical reste conservée. Cliniquement, les trois principales pathologies encourues par ces mauvaises postures du quotidien sont le torticolis, l’hernie discale ou cervicale, ou encore l’arthrose cervicale.


Le torticolis


Il s’agit de la contracture d’un ou plusieurs muscles du cou (sterno-cléido-mastoïdien ou trapèze) qui entraine une impotence fonctionnelle avec attitude anormale de la tête et du rachis cervical en flexion et rotation. Il survient à la suite d’un mouvement brusque du cou ou de son maintien prolongé dans une mauvaise position.



Les traumatismes les plus importants peuvent entraîner une #entorse cervicale ou vulgairement le « coup du lapin » qui survient à la suite d’un mécanisme de transfert d’énergie au rachis cervical par accélération-décélération.



La symptomatologie des entorses cervicales est variée, de l’absence de douleur à la #luxation, voire à la fracture vertébrale dans les cas les plus graves.



L’hernie discale

Une hernie discale correspond à une fissuration de l’anneau fibreux avec migration d’une partie du nucleus pulposus vers le canal rachidien... L’hernie discale n’est pas toujours déclenchée par un facteur traumatique ou un effort. Elle est d’étiologie inconnue dans 80% des cas.



L’arthrose cervicale


L’arthrose cervicale symptomatique ou non est retrouvée sur 50% des radiographies de l’adulte de plus de 40 ans. Chez l’adulte de plus de 80 ans, on la retrouve sur 90% des clichés radiographiques. Ce que l’on nomme cervicarthrose est souvent asymptomatique. Les formes chroniques sont caractérisées par une douleur de siège postérieur, qui peut irradier dans les omoplates et les épaules.


Cette douleur peut également se propager vers l’occiput et s’accroître avec la mobilisation, les efforts et nécessite un dérouillage matinal. L’arthrose cervicale peut se compliquer également de névralgie cervico-brachiale par conflit disco-radiculaire. La #névralgie cervico-brachiale, touchant les racines nerveuses, est liée à la compression médullaire de la moelle épinière.


Elle se définit comme l’association d’une douleur cervicale et d’une radiculalgie du membre supérieur. Elle peut survenir en cas d’#hernie discale ou d’#arthrose cervicale.


Rappel anatomique


Les muscles du cou se composent des muscles de la région antérieure du rachis cervical et des muscles de la nuque.


Les muscles de la région antérieure du rachis cervical


Les muscles antérieurs du rachis cervical regroupent les muscles pré-vertébraux, les muscles profonds latéraux, les muscles infra et supra hyoïdiens et enfin, le muscle sterno-cléido-mastoïdien. Les muscles pré-vertébraux ont un rôle de fléchisseur de tête.


Les muscles profonds latéraux sont composés des muscles scalènes et du muscle droit latéral. Les muscles scalènes (antérieurs, moyens et postérieurs) descendent obliquement le long de la colonne cervicale. Ils ont un rôle d’inclinaison homolatérale de la colonne cervicale avec un léger mouvement de rotation de la face du côté opposé. Le muscle droit latéral incline la tête et le rachis cervical de son côté.


Le muscle sterno-cléido-mastoïdien (SCM) fléchit la tête, l’incline de son côté et lui imprime un mouvement de rotation qui tourne la face du côté opposé. En co-contraction, les SCM produisent la flexion directe de la tête.


Les muscles de la nuque


La région postérieure du cou regroupe plusieurs plans musculaires : le plan profond avec les muscles droits et obliques, le plan des muscles semi épineux et le plan superficiel avec le muscle trapèze. Les muscles droits et obliques ont pour action globale une extension et rotation homolatérale de la tête. Les muscles semi-épineux ont pour rôle principal l’extension de la tête et son inclinaison homolatérale. Le muscle trapèze incline la tête et imprime un mouvement de rotation qui tourne la face du côté controlatéral.


Connaissance actuelle sur les cervicalgies chez le personnel navigant de l’aviation de chasse


Depuis plus de 30 ans, le rachis cervical du personnel navigant (PN) chasse intéresse la communauté scientifique internationale. La prévalence des cervicalgies dans la littérature est regroupée dans le tableau 1. Cette prévalence varie selon les études mais les résultats tendent à montrer qu’un PN chasse sur deux environ souffre de douleurs cervicales.


Facteurs de risque identifiés


Les facteurs de risque de cervicalgies communément identifiés sont :


- le vol sous facteur de charge élevé

- les mouvements à haut risque de la tête sous facteur de charge élevé

- le port d’équipement de tête

- la musculature spécifique des muscles du cou

- la fatigue du personnel navigant physique et psychique


Facteurs de risque supposés


Les facteurs de risque de survenue de cervicalgies supposés sont :


- l’âge

- l’inclinaison du siège éjectable

- le nombre d’heures de vol.


Retentissement des cervicalgies

Retentissement anatomique


Une étude radiographique compare le rachis cervical de 188 pilotes de F-16 à un groupe contrôle de 128 pilotes sans expérience ou ayant moins de 150 heures de vol. A six années d’intervalle, une dégénérescence prématurée du rachis est retrouvée chez les PN exposés à des facteurs de charge élevés.


Les études d’imagerie par résonnance magnétique (IRM) réalisées depuis le début des années 1990 évaluent le retentissement de l’exposition répétée aux accélérations chez les PN. Ces études ont pour biais principal un nombre de sujet limité.


D’après ces études il existe une dégénérescence du rachis cervical. L’imagerie retrouvait des hernies discales, des compressions médullaires ainsi que des sténoses foraminales chez les sujets étudiés. Toutefois cette dégénérescence semble plus en lien avec l’âge élevé des sujets qu’avec le pilotage d’un aéronef chasse. En effet la dégénérescence prématurée des disques cervicaux des PN est retrouvée dans les cas d’exposition fréquente au facteur de charge élevé.



Une étude avec un suivi IRM de cinq ans retrouvait une dégénérescence précoce du #rachis cervical chez les PN de l’aviation de chasse avec des lésions habituellement retrouvées chez une population plus âgée. Néanmoins, plus les sujets vieillissaient plus les différences entre les PN de l’aviation de chasse et les contrôles non PN diminuaient.


Un suivi IRM sur treize années de sujets exposés à de fortes accélérations et plus de 1200 heures de vol (HDV) n’a pas révélé de changement statistiquement significatif sur le rachis durant la carrière opérationnelle du PN.


Une seule étude IRM prend en compte les douleurs cervicales ; elle évalue la morphométrie musculaire du rachis cervical chez les pilotes de F-16. On retrouve une asymétrie du diamètre moyen des muscles cervicaux profonds bilatéraux, qui serait causée par une plus grande activité de ces muscles dans le groupe souffrant de cervicalgies. Cette asymétrie est retrouvée avec un plus gros diamètre des muscles semi-épineux et multifides du rachis cervical gauche qui serait expliquée par l’utilisation asymétrique du F-16 en opération . La main droite doit rester sur les commandes de vol tandis que le bras gauche peut bouger et aider au support de la tête contre la canopée sous facteur de charge.


Retentissement psychologique et social


La #fatigue psychique est depuis 2008 étudiée comme un facteur de risque de cervicalgies. L’étude ne retrouvait pas de différence significative sur les facteurs liés au vol entre les PN asymptomatiques et présentant des douleurs cervicales.


Les facteurs de risque de cervicalgies mis en évidence dans cette étude étaient des facteurs de #stress au travail tels que la fatigue #mentale et physique à la fin d’une journée de travail, la position assise prolongée et être ennuyé par les autres au travail.


D’autres études ont évalué des facteurs physiques et psychologiques et sociaux : 62,5% des PN de l’aviation de chasse déclaraient une perte d’une à trois heures de #sommeil par nuit causée par les cervicalgies et 54,2% d’entre eux rapportent une limitation de participation à leurs activités récréatives favorites causée par une exacerbation des cervicalgies au cours de ces activités.


Les facteurs psycho-sociaux sembleraient être des facteurs influent sur la survenue de cervicalgies mais de futures études seront nécessaires pour évaluer leur impact.


Les conséquences des accélérations en avion de chasse

Comme il a été énoncé précédemment, les accélérations sont la contrainte aéronautique la plus agressive imposée à l’organisme. Elles ont des conséquences hémodynamiques et musculo-squelettiques.


Conséquences hémodynamiques


Les conséquences hémodynamiques des accélérations représentent la contrainte majeure du fait du risque d’incapacité subite et de mise en jeu de la sécurité des vols. L’exposition au facteur de charge provoque une redistribution des volumes sanguins vers les parties déclives du corps avec une diminution du retour veineux vers le cœur. Une diminution de la pression artérielle entraîne le renforcement du tonus sympathique, qui agit sur la pression artérielle, le rythme et la puissance de la contraction cardiaque.


L’augmentation de la fréquence cardiaque est pratiquement proportionnelle à l’accélération +Gz subie. La baisse de la pression artérielle entraîne une diminution de la perfusion cérébrale.


La circulation veineuse est à basse pression. Sous facteur de charge, l’augmentation de la pression dans la partie basse du corps entraîne un stockage veineux important avec une diminution du retour veineux.


Ainsi, la baisse de la perfusion cérébrale et le déplacement de la masse sanguine vers la partie déclive du corps peuvent être responsables d’une perte de conscience sous facteur de charge (G-LOC, G-force induced Loss of Consciousness)...


Conséquences musculo-squelettiques


Les conséquences musculo-squelettiques représentent la deuxième contrainte des accélérations avec un risque traumatique et micro-traumatique portant sur l’axe rachidien. La mise en accélération très brutale des aéronefs impose des contraintes considérables sur l’axe rachidien, lorsque la tête est inclinée et surtout lorsque cette inclinaison s’accompagne d’une rotation.


Sous facteur de charge, il est mis en évidence une bonne tolérance de l’axe rachidien lorsque la tête est en position neutre. En cas de mouvements de flexion, de rotation ou d’extension de la tête, on constate une réduction importante de cette tolérance. Cette baisse de la tolérance induit, à minima, des douleurs cervicales aiguës et des lésions des parties molles.


Les cervicalgies sont communément retrouvées à partir d’un facteur de charge de +4Gz. La rotation de la tête sous facteur de charge provoque un haut risque de cervicalgies, cette rotation doit être d’au moins 35 degrés. Les autres mouvements à risque sont l’extension supérieure à 30 degrés, la flexion supérieure à 15 degrés et la position « check six ». La position « check six » est utilisée en combat aérien sous facteur de charge élevé pour rechercher un aéronef ennemi dans l’espace aérien.


Cette position multiplie par 21 la charge imposée au rachis cervical. Les facteurs de risque majeurs de cervicalgies seraient ainsi un vol à plus de 6,7G et la rotation du cou sous facteur de charge élevé. Une étude EMG suggère qu’un niveau élevé de contraction musculaire sous facteur de charge et des #postures cervicales proches de la limite rachidienne physiologique auraient une influence majeure sur la survenue de cervicalgies chez les PN de l’aviation de chasse.


La #fatigue physique peut également être à risque de cervicalgies. Ainsi, lors du vol en mission de combat aérien, les mouvements extrêmes du cou associés à une forte activation musculaire induisent une fatigue musculaire. La tolérance musculaire au facteur de charge est diminuée par la fatigue musculaire et cause plus de douleurs cervicales aiguës. Le PN est plus à risque de souffrir de cervicalgies lors d’exercices répétés en raison d’une accumulation de fatigue musculaire comme par exemple, en opérations extérieures (OPEX).


Préparation physique du personnel navigant


Dès le début de leur formation à l’Ecole de l’Air de Salon-de-Provence, les élèves pilotes et NOSA sont sensibilisés à l’importance de la préparation physique afin de tolérer les contraintes qu’ils rencontreront dans l’aéronef.


Les accélérations et les autres contraintes environnementales aggravent la fatigue du PN et provoquent une baisse des performances psychomotrices. Ces contraintes l’obligent à avoir des capacités physiques sans cesse maintenues au meilleur niveau grâce à une hygiène de vie saine et un entraînement physique adapté.


Préparation physique globale du PN de l’aviation de chasse


L’entraînement physique du personnel navigant est un moyen actif de protection.


Il est orchestré par les moniteurs d’entraînement physique #militaire et sportive et régi par la directive n°729/DEF/EMAA/B.EMP/E3/SPORTS du 5 avril 1995 portant sur la formation spécifique des moniteurs au sport PN. Un entraînement régulier est nécessaire car l’effet bénéfique retiré est transitoire.


Cet entraînement doit être plurimodal : en endurance (aérobie) et en résistance (anaérobie) sur au moins 12 mois. La musculation du corps entier est primordial pour les manœuvres anti-G en plus du renforcement de la musculature de la sangle abdominale et rachidienne. Cet entraînement permet d’augmenter la durée de la tolérance lors des manœuvres de combat aérien simulé pour éviter une perte de connaissance et augmenter la saturation en oxygène sous facteur de charge élevé. Il est admis qu’un entraînement en endurance seul n’augmente pas la tolérance au facteur de charge et prédisposerait à des troubles du rythme cardiaque en agissant sur la balance sympathique et parasympathique.


En pratique, il est conseillé de pratiquer de la course à pied sans dépasser 24 km hebdomadaires en suivant un entraînement basé sur du fractionné (interval training), associée à la pratique régulière de la musculation et du gainage du corps entier ainsi que des techniques d’optimisation de potentiel (TOP) comprenant de la #relaxation et de la récupération.


Créées par le docteur Edith Perreaut-Pierre au début des années 1990 pour la préparation mentale des sportifs de haut niveau et pour aider les militaires, les Techniques d’Optimisation du Potentiel (TOP)® sont un ensemble de stratégies mentales (cognitives et comportementales) permettant à chacun de mobiliser au mieux ses ressources (physiologiques, émotionnelles, cognitives et comportementales) en fonction des exigences des situations pour atteindre ses objectifs. La méthode TOP propose un ensemble de techniques simples, pragmatiques, brèves (dix minutes maximum) et utilisables par tous, partout et en toutes circonstances (...).

Activation des muscles du rachis cervical en vol


Selon des études électromyographiques (EMG) en vol, chaque groupe musculaire est spécifiquement activé pour certains mouvements lors du combat aérien. Le rôle des #muscles du rachis cervical est la protection et la stabilisation du cou et de la tête en vol. Les extenseurs du cou sont le plus grand support contre la gravité, notamment le groupe des érecteurs du rachis cervical avec une plus faible contribution du muscle #trapèze. Les muscles fléchisseurs du #cou et les muscles fléchisseurs latéraux sont plus faibles que les extenseurs même si le sterno-cléido-mastoïdien est très sollicité lors du combat aérien.


La force musculaire de la chaîne cervicale chez les pilotes de chasse est supérieure à celle de sujets témoins de la population générale. La mise en jeu de la musculature cervicale lors des vols serait aussi responsable d‘une musculature de la chaine cervicale plus développée que dans la population générale. Cependant, en 2003, une étude portant sur les effets des accélérations sur les muscles du cou démontre que la force musculaire du rachis cervical des pilotes ne diffère pas de celle des non pilotes.


Programme de renforcement musculaire du cou


De nombreuses études recommandent la mise en application de programmes de renforcement musculaire spécifique du rachis cervical. Ces programmes, qui doivent être intégrés au planning d’entraînement individuel des PN, permettraient de renforcer la musculature du rachis cervical, de diminuer leur fatigabilité et donc de réduire les cervicalgies. Ces exercices de mise en condition cervicale devraient être spécifiques et intenses chez les PN de l’aviation de chasse pour possiblement prévenir les cervicalgies. Mais la pratique de ces exercices permettant la protection contre les douleurs cervicales sont aussi responsables d’une fatigue musculaire à risque de lésions et ne devrait pas être réalisée pendant les phases d’entraînements en vol sous facteur de

charge élevé.


Une étude, portant sur l’évaluation de la résistance des muscles du cou face à l’accélération sur un trampoline lors du port du casque et des JVN, promeut l’utilisation de ce sport pour entraîner les muscles cervicaux à maintenir la posture de la tête durant la première seconde sous facteur de charge et favoriser le développement de l’adaptation neuromusculaire. L’adaptation neuromusculaire sous accélération est un élément majeur et serait en cause dans les cervicalgies en cas de non anticipation. Il faut deux secondes entre l’accélération et la réponse EMG maximale, ce délai est trop long pour des avions avec des accélérations de + 9Gz/s.


Des techniques de positionnement de la tête en vol sont naturellement utilisées par les PN pour diminuer l’effet de l’accélération sur les muscles du rachis cervical. Ils positionnent leur tête avant l’application de l’accélération et ce jusqu’à la fin de cette dernière. Ils peuvent également mouvoir la tête plan par plan ou utiliser d’autres techniques comme par exemple appuyer ou caler la tête contre les structures de l’appareil tels que le siège éjectable ou la canopée du cockpit.


Échauffements et étirements spécifiques


En plus de l’entraînement physique “global”, il est donc conseillé de réaliser un entraînement spécifique des muscles du rachis cervical avant et pendant le vol. Un échauffement doit être réalisé au sol avant chaque vol. En cas de vol à +4G, le G-warm up doit être pratiqué. Cela consiste à effectuer un virage sous faible facteur de charge afin de prendre conscience de la bonne exécution des manoeuvres musculo-respiratoires et de tester les équipements anti-G suivi d’un virage sous facteur de charge élevé afin d’évaluer la tolérance du jour. Une fois le vol terminé, au sol, les étirements sont recommandés ainsi que la récupération musculaire.


Les étirements améliorent les performances des muscles du rachis cervical, ce qui est nécessaire sous facteur de charge pour prévenir les lésions cervicales causées par les accélérations. Les étirements avant et après le vol seraient donc bénéfiques sur la prévention des blessures. Néanmoins, il existe des études contradictoires et même si la plupart des pilotes réalisent les étirements avant le vol, ce n’est pas significatif sur la survenue ou non de cervicalgies.


Une étude sur les étirements par traction cervicale après les vols n’a pas démontré de différence significative sur les cervicalgies en cas d’usage régulier de l’appareil de traction cervicale ou en cas de non utilisation


Musculature cervicale et cervicalgie chez les PN


Les études ne retrouvent pas de différence significative de force musculaire des muscles du cou entre un groupe sain et un groupe souffrant de douleurs cervicales. Les mêmes résultats sont retrouvés dans des études EMG chez des pilotes avec des cervicalgies, des pilotes sans douleur cervicale et des sujets témoins non pilotes. Ces études analysent les performances musculaires dans chaque plan et pour chaque groupe musculaire.


Une étude comparant un groupe de pilotes entraînés par moniteur et un groupe entraînés seuls ne retrouvait pas de différence significative sur la fréquence de survenue des cervicalgies, bien que les auteurs retrouvaient une différence de force musculaire entre les deux groupes. Une étude randomisée sur le contrôle postural ne retrouvait pas de différence significative entre les PN souffrant de cervicalgies et les PN ne présentant pas de douleur.


Ces études n’ont pas montré de lien entre l’importance de la force musculaire des

muscles du rachis cervical et la survenue de cervicalgies.


JUSTIFICATION ET OBJECTIFS DE L’ETUDE


Les cervicalgies représentent un problème courant rencontré par le PN sur avion de chasse. De nombreuses études menées à l’étranger relevaient une prévalence non négligeable des douleurs cervicales chez le PN de l’aviation de chasse.


La question n’a pas été posée de manière exhaustive en France et reste relativement peu étudiée sur les aéronefs modernes utilisés actuellement par l’Armée Française tels que le Mirage 2000 ou le Rafale. Ces avions aux performances accrues imposent des contraintes posturales et rachidiennes importantes aux pilotes qu’il semble intéressant d’étudier en fonction des missions réalisées.


Nous proposons les résultats d’une enquête épidémiologique dont l’objectif principal était de décrire la prévalence des cervicalgies chez le personnel navigant de l’aviation de chasse en France.


Les objectifs secondaires seraient :


- de déterminer des facteurs favorisants potentiels

- d’évaluer le retentissement professionnel des cervicalgies

- de proposer des recommandations visant la prévention de ces #douleurs


Résumé :


Objet : les avions de chasse modernes imposent des contraintes musculo-squelettiques ciblées sur le rachis cervical du personnel navigant (PN). Nous proposons une étude épidémiologique des cervicalgies chez les PN chasse afin d’en déterminer la prévalence ainsi que des facteurs favorisants potentiels.


Méthodes : un questionnaire anonyme a été soumis à tous les PN chasse (pilotes et navigateurs officiers système d’arme) de l’armée de l’air (AA) et de la marine en visite au sein des centres d’expertise médicale du personnel navigant (CEMPN) ainsi que dans les escadrons de chasse entre mai et juillet 2016.


Résultats : 311 PN chasse, d’âge moyen 36±7 ans, ont répondu à l’enquête. 82,3% des PN interrogés étaient des pilotes. 60,4% des PN déclaraient avoir présenté des douleurs cervicales, 63% des pilotes de l’AA contre 40,5% des pilotes de l’aéronavale. Parmi les PN souffrant de cervicalgies, 71,7% les avaient ressentis en vol. Les facteurs majeurs déclenchants des cervicalgies en vol étaient le facteur de charge (59,6%), le combat aérien (53,7%), la position en rotation (39,3%), la position « check-6 » (32,4%) et le port des jumelles de vision nocturne (31,9%). L’antécédent de #traumatisme cervical constituait un facteur de risque de cervicalgies (p<0,01), de même que la fonction de navigateur. L’âge, le nombre d’heures de vols ou le type d’avion n’étaient pas significativement liés à des cervicalgies.


Discussion : nous suggérons des recommandations portant notamment sur la sensibilisation au renfort musculaire du rachis. Une étude longitudinale des PN chasse sur toute leur carrière pourrait être proposée afin de mieux évaluer les facteurs de survenue des cervicalgies.

Conclusion de l'étude

Les cervicalgies représentent un problème fréquemment rencontré chez les personnels navigants (PN) de l’aviation de chasse. Notre étude retrouve que plus d’un personnel navigant sur deux déclare en avoir souffert au cours de sa carrière.


Les principaux facteurs de risque identifiés par les personnels navigants sont en premier lieu, le vol sous facteur de charge, les missions en combat aérien, la position de la tête en rotation et le « check-six » et enfin le port des jumelles de vision nocturne. Ces facteurs s’imposent au personnel navigant de l’aviation de chasse dans leur carrière. D’autre part, l’antécédent de traumatisme cervical est un facteur de risque significatif de cervicalgies et la fonction de navigateurs officiers systèmes d’armes apparaît comme un risque accru, suggérant un suivi rapproché de ces deux populations. Le retentissement personnel et professionnel des cervicalgies et la mise en jeu de la sécurité des vols apparaissent cependant assez modérés. A peine un tiers des personnels navigants ayant souffert de cervicalgies ont consulté leur médecin PN référent et la majorité se dirige vers des thérapies manuelles (#ostéopathe ou kinésithérapeute). Cependant, encore 40,8% des PN déclarent ne pas pratiquer de renforcement musculaire spécifique du cou.


Une sensibilisation de la prévention des cervicalgies spécifiques à l’aviation de chasse, dispensée par les médecins PN, doit être proposée dès les écoles et poursuivie en escadrons incitant notamment à la pratique du renforcement musculaire spécifique du rachis cervical et promouvant la consultation du médecin PN pour une prise en charge optimale. Des professionnels de thérapie manuelle ont déjà été mis en place dans certains centres médicaux et projetés en opération extérieure avec des résultats qui semblent très satisfaisants. Une généralisation de cette pratique pourrait être encouragée. Enfin en amont, le risque de cervicalgies nécessite autant que possible d’être pris en compte dans l’ergonomie de conception des équipements du personnel navigant de la chasse.


Des études prospectives ciblées sur les facteurs de risque déclarés de #cervicalgie pourraient être menées afin d’en objectiver le lien de causalité. De même, un suivi au long cours des personnels navigants de l’aviation de chasse depuis leur entrée en école de formation et lors des visites d’aptitudes en CEMPN pourrait permettre d’identifier leurs facteurs de survenue afin de parfaire les mesures de prévention actuelles.


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Les Techniques d’Optimisation du Potentiel (TOP)® ensemble de stratégies mentales (cognitives et comportementales) https://www.coevolution.fr Docteur Edith Perreaut-Pierre préparation mentale des sportifs de haut niveau et pour aider les militaires


Fiona Raynaud. Cervicalgies chez les personnels navigants de l’aviation de chasse française. Étude observationnelle par questionnaire anonyme chez 311 personnels navigants.

Médecine humaine et pathologie. 2016. ⟨dumas-01780555⟩

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