Whiplash : des changements réels dans le cerveau des patients

Mis à jour : 27 févr 2019



Connu par le grand public avec l’expression « coup du lapin » notamment après un accident de voiture, le whiplash concerne des traumatismes vécus avec surprise résultant d’une brusque accélération-décélération au niveau du rachis cervical.



Après des élèvements jugés parfois anodins, certains patients tardent à consulter avant que ne s'installent des maux de tête, raideurs, douleurs dans le cou (rachis cervical) et la mâchoire. Ces symptômes, appelés troubles associés à l'entorse cervicale (whiplash-associated disorder ou WAD), véritable syndrome post traumatique, sont notoirement difficiles à objectiver par les examens médicaux. Il en est de même pour les lésions tissulaires. Les altérations sont difficilement détectées par les techniques classiques d'imagerie et donc peu utiles pour déterminer le pronostic des WAD. Des études antérieures ont montré qu'elles impliquaient principalement les articulations zygapophysaires (ou interapophysaires postérieures, les articulations entre les arcs vertébraux).

Indépendamment de la présence de lésions tissulaires, de plus en plus de preuves indiquent qu'un processus d'hyperexcitabilité centrale se traduit par des seuils de douleur abaissés généralisés qui sont associés à une mauvaise récupération chez les patients atteints de WAD chronique. Dans ce scénario, les techniques d'imagerie fonctionnelle, telles que les nouvelles séquences d'IRM fonctionnelles ou les techniques d'imagerie de médecine nucléaire (Ex : tomographie par émission de positons ou TEP) peuvent être utiles pour comprendre le mécanisme car elles ont la capacité de fournir un aperçu fonctionnel des processus physiologiques et des voies biologiques in vivo.

Récemment, dans la revue EBioMedicine, des chercheurs ont publié les résultats de leur étude « Altered Regional Cerebral Blood Flow in cWAD » (Chronic Whiplash Associated Disorders) où ils ont voulu vérifier leur hypothèse sur le lien manquant dans la compréhension de la physiopathologie sous-jacente qui pourrait être l'interaction étroite entre le cou et les structures mésencéphales.

Pour cela, ils ont exposé le cou de 20 femmes (8 femmes sans douleur et 12 avec cWAD) a différents niveaux de stimulation électrique (non douloureuse) en scannant leur cerveau par la TEP (tomographie par émission de positons). Des électrodes ont été placées bilatéralement au niveau des processus épineux de la seconde et de la sixième vertèbre cervicale.

Les 4 conditions suivantes ont été utilisées pendant l’expérience :

  • État de repos : pas de stimulation

  • Basse stimulation : au-dessous du seuil de perception

  • Haute stimulation : au-dessus de la contraction musculaire observable ou du seuil de douleur

  • Stimulation de type placebo : la volontaire a été informée qu'elle recevait une stimulation électrique en dessous du seuil de perception, mais le dispositif ne fournissait aucun courant

Ces 4 conditions ont été répétées 3 fois, résultant en un total de 12 scans par sujet. L'ordre des stimulations a été randomisé. La stimulation consistait en un courant constant non douloureux en utilisant une impulsion biphasique, une série de répétition de 50 Hz et d’une durée de 100 μs. Avant le premier balayage TEP, les seuils individuels ont été déterminés par une augmentation lente du courant. Premièrement, on a demandé à chaque bénévole de préciser quand le courant était clairement perçu (seuil de perception, considéré comme 0%). Par la suite, le seuil de douleur (100%) a été fixé lorsque la volontaire a indiqué que le courant était douloureux, ou lorsque le chercheur a détecté une contraction musculaire.

Cette procédure a été répétée 3 fois avec un intervalle de 1-2 minutes entre les essais. La valeur moyenne de ces seuils a été utilisée au cours de l'analyse pour définir les conditions de stimulation faible (15%) et élevée (85%), 2 conditions qui se situaient dans la fourchette de perception mais qui n'étaient pas douloureuses pour la volontaire. Avant l'injection du radio-traceur, le volontaire était informé (« repos », « faible » pour le placebo, « moyen » pour la stimulation faible et « élevé »). L'appareil a été mis sous tension, fournissant un bruit audible, pour toutes les conditions, à l'exception de la condition de repos. Immédiatement après chaque balayage, l'appareil a été éteint, et le sujet a été autorisé à ouvrir les yeux.


Leurs résultats montrent que les patients atteints de cWAD ont des altérations du débit sanguin régional cérébral (regional cerebral blood flow - rCBF) notamment dans les zones du cerveau impliquées dans la perception de la douleur et le traitement de l'information sensorielle. Les patients atteints de cWAD ont une diminution de la perfusion du gyrus temporal droit supérieur, du gyrus parahippocampique droit, du gyrus frontal inférieur gauche, du thalamus dorso-médian droit, et dans le cortex insulaire bilatéral et une perfusion accrue du gyrus cingulaire postérieur droit et du précuneus droit.

Pour les auteurs, ces résultats confortent que des lésions cervicales apparemment simples peuvent induire des changements fonctionnels dans les mécanismes de la douleur et dans certaines parties du cerveau avec notamment chez les patients atteints de cWAD une sensibilité accrue à la douleur grâce à un effet appelé hyperexcitabilité centrale. Cette étude devrait permettre de sensibiliser le public et les soignants à cette pathologie et d'aider les personnes souffrant de cWAD à obtenir un traitement adapté dont ils ont besoin.



Cédric de Tombeur

Ostéopathe Saint-Nazaire


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David Vállez García et al. Altered Regional Cerebral Blood Flow in Chronic Whiplash Associated Disorders, EBioMedicine (2016).


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