Hypnose et cerveau : mécanismes neurophysiologiques et applications en douleur chronique, fibromyalgie, stress anxiété
- Cabinet de TOMBEUR

- il y a 4 jours
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L’hypnose thérapeutique est l’une des plus anciennes pratiques médicales pour soulager la douleur chronique, la fibromyalgie, l’anxiété et réguler les troubles psychosomatiques liés au stress post-traumatique, tout en s’intégrant pleinement aujourd’hui à la psychothérapie moderne et aux neurosciences cliniques.
Au cours des dernières décennies, l’hypnose médicale s’est imposée comme un outil de soin validé en médecine, psychologie clinique et psychiatrie, devenant un champ majeur de recherche en neurosciences où ses mécanismes cérébraux (connectivité EEG, ondes thêta/alpha), physiologiques et neuroendocrinologiques (cortisol, ocytocine, SNA) sont précisément cartographiés. Définie comme « un état de conscience impliquant une attention focalisée et une conscience réduite, caractérisé par une capacité accrue de réponse à la suggestion », l’hypnothérapie est aujourd’hui utilisée en gestion de la douleur aiguë et chronique, en santé mentale, en pédiatrie (anxiété dentaire) et même en éducation thérapeutique.
Hypnotisabilité, fonctionnement cérébral et pronostic en médecine
Une revue récente montre que l’hypnotisabilité (faible, moyenne, élevée) est associée à des différences de fonctionnement cérébral, notamment au niveau de l’équivalence entre imagerie mentale et perception ou action, de l’excitabilité du cortex moteur, de la précision intéroceptive et du contrôle de l’apport sanguin cérébral. Ces différences semblent liées à des caractéristiques structurelles et fonctionnelles du cerveau et pourraient influencer le pronostic et la réponse thérapeutique dans certains troubles médicaux, en particulier les pathologies chroniques.
Les recherches en imagerie (IRM fonctionnelle, TEP) et en EEG indiquent que des perturbations de la connectivité fonctionnelle du réseau de contrôle exécutif pendant l’hypnose peuvent être liées à des modifications du sentiment d’agentivité, c’est‑à‑dire du sentiment de contrôler ses propres actions. Ces résultats suggèrent un lien causal entre la connectivité cérébrale et les réponses cognitives, physiologiques et comportementales en hypnose, ce qui intéresse directement la prise en charge de troubles comme la douleur chronique, certains troubles anxieux ou psychosomatiques.
Hypnose, stress, cortisol, ocytocine et troubles liés au stress
Une technique appelée « calm contact » est décrite comme un scénario imaginatif dans lequel la personne imagine un contact doux avec un être cher, centré sur la sécurité, le calme et la connexion sociale paisible. Les auteurs rappellent que l’hypnose peut diminuer le cortisol (hormone du stress) et augmenter l’ocytocine, et que les effets bénéfiques de cette technique sont liés au soutien social perçu et aux effets psycho‑affectifs de l’ocytocine centrale.
Cette approche intéresse particulièrement les troubles liés au stress, les états de stress post‑traumatique, les troubles anxieux et les troubles de l’attachement, où la sécurité interne et la régulation émotionnelle jouent un rôle central. La technique de « calm contact » peut être utilisée comme alternative ou complément à la technique du « lieu sûr », en s’appuyant sur les données récentes concernant les mécanismes neuroendocrinologiques de l’hypnose.
Modulation du système nerveux autonome et troubles psychosomatiques
L’hypnose n’agit pas uniquement sur le cerveau, mais aussi sur le système nerveux autonome (SNA), qui régule notamment le rythme cardiaque, la respiration, la sudation et de nombreuses fonctions végétatives. Une revue spécifique montre, à partir de marqueurs comme la variabilité de la fréquence cardiaque (HRV), l’activité électrodermale (EDA) et l’indice analgésique nociceptif (ANI), que l’hypnose peut réduire l’activité sympathique (stress, hypervigilance) et augmenter le tonus parasympathique (relaxation, récupération).
Cet effet est particulièrement marqué lors des protocoles d’hypnose de relaxation et dépend de l’hypnotisabilité et des conditions de tâche. Ces données sont particulièrement pertinentes pour les troubles psychosomatiques associés à une dysfonction du SNA, comme certains troubles fonctionnels digestifs, les douleurs chroniques d’allure somatoforme, les céphalées de tension, certains troubles cardiovasculaires fonctionnels ou encore les troubles du sommeil liés à l’hyperactivation.
Analgésie hypnotique, douleur aiguë et douleur chronique
La littérature indique que l’hypnose thérapeutique est efficace pour réduire la douleur aiguë et la douleur chronique, dans des contextes variés (interventions médicales, douleur postopératoire, douleur chronique). Une revue centrée sur l’EEG s’intéresse au rôle de la puissance des bandes de fréquences (thêta, alpha, etc.) pour identifier les personnes susceptibles de mieux répondre à l’analgésie hypnotique et pour comprendre comment ces effets se déploient
Les résultats sont discutés dans le cadre de « l’hypothèse des ondes lentes », qui propose que l’activité cérébrale lente (thêta, alpha) facilite la réceptivité hypnotique et la réponse à l’analgésie hypnotique. Ces éléments intéressent directement la prise en charge de pathologies douloureuses telles que la lombalgie chronique, les douleurs neuropathiques, les douleurs cancéreuses, les syndromes douloureux régionaux complexes ou les douleurs postchirurgicales persistantes.
Fibromyalgie, oscillations neuronales et biomarqueurs de l’état hypnotique
La fibromyalgie est un trouble caractérisé par une douleur chronique diffuse, souvent associée à la fatigue, aux troubles du sommeil, aux troubles anxieux et dépressifs et à une hypersensibilité globale. Les auteurs rappellent que l’hypnose est faisable et efficace dans la prise en charge de la fibromyalgie, mais que les mécanismes précis restent partiellement compris. Des travaux comportementaux suggèrent qu’une modification du sentiment d’agentivité pourrait contribuer à la diminution de la douleur pendant l’hypnose.
Une étude en EEG haute densité menée chez des patients souffrants de fibromyalgie montre qu’en état hypnotique on observe une augmentation de la puissance thêta sur les électrodes pariétales et occipitales gauches, une augmentation de la puissance bêta sur les électrodes frontales et temporales gauches, et une augmentation de la puissance slow‑gamma sur les électrodes frontales et pariétales gauches. L’analyse de la connectivité fonctionnelle montre une diminution de la connectivité entre les électrodes frontales, ce qui indique des modifications importantes des oscillations neuronales et de la connectivité cérébrale, susceptibles de constituer des biomarqueurs électrophysiologiques du state hypnotique chez les patients souffrants de fibromyalgie.
Hypnotisabilité, activité alpha et variabilité interindividuelle
Les phénomènes hypnotiques montrent une variabilité interindividuelle importante : certaines personnes répondent fortement aux suggestions hypnotiques, d’autres très peu. Des travaux neurophysiologiques relient cette variabilité à des caractéristiques neuronales spécifiques, mais la dynamique temporelle de ces caractéristiques est encore mal connue.
Une étude sur la dynamique de la fréquence centrale du pic alpha et des composantes arythmiques du spectre EEG, avant et après induction hypnotique, examine si ces caractéristiques non stationnaires permettent de distinguer les sujets très et peu hypnotisables. Les résultats montrent que les variations de la fréquence centrale du pic alpha sont indicatives de la susceptibilité hypnotique, mais uniquement pendant l’hypnose, les sujets très hypnotisables présentant une variabilité plus élevée. Ces éléments offrent des pistes de compréhension de la réactivité hypnotique dans différents troubles (douleur chronique, troubles anxieux, troubles fonctionnels) et de la personnalisation des prises en charge.
Hypnose, anxiété et soins chez l’enfant (dentisterie pédiatrique)
La gestion de l’anxiété et du comportement en dentisterie pédiatrique est un enjeu majeur, en particulier chez les enfants présentant phobie dentaire, anxiété sévère ou troubles du comportement. Une étude rétrospective sur 311 enfants a évalué la combinaison ibuprofène + midazolam (ou midazolam seul) associée à la gestion comportementale et à l’hypnose clinique, pour améliorer la coopération et réduire la douleur post‑traitement.
Les résultats montrent que l’ajout d’ibuprofène ne modifie pas significativement le comportement pendant les soins, ce qui suggère que l’analgésie pharmacologique seule ne suffit pas à régler les difficultés comportementales. En revanche, l’ibuprofène réduit significativement la douleur après traitement (7,2% de douleur rapportée dans le groupe sans ibuprofène contre aucune dans le groupe avec ibuprofène). L’étude souligne l’importance d’intégrer la sédation à des stratégies comportementales comme l’hypnose clinique pour la prise en charge de l’anxiété, de la douleur et de la coopération chez l’enfant, avec des implications pour d’autres contextes (soins médicaux invasifs, hospitalisation, examens complémentaires).
Perspectives : relier hypnose, neurosciences et pratique clinique
Ce numéro spécial offre une vue d’ensemble des défis et des opportunités de la recherche sur l’hypnose, en abordant les définitions, la théorie, la recherche expérimentale et les applications cliniques. Les questions centrales portent sur ce que l’on sait déjà, ce que l’on peut faire, ce qui reste à découvrir et ce que l’on cherche encore à atteindre dans l’utilisation de l’hypnose en médecine, psychologie et psychiatrie.
Les auteurs insistent sur la nécessité de relier la recherche en hypnose aux grands champs de la psychologie sociocognitive, de l’étude de la conscience et des neurosciences cliniques. En s’appuyant sur ces données, l’hypnose apparaît comme un outil puissant et pluridimensionnel pour la prise en charge de la douleur aiguë et chronique, de la fibromyalgie, des troubles anxieux, des troubles psychosomatiques et de l’anxiété en pédiatrie, avec des bases neurophysiologiques de plus en plus documentées.
De Benedittis G. Brain Mechanisms of Hypnosis. Brain Sci. 2025 Jan 31;15(2):142. doi: 10.3390/brainsci15020142. PMID: 40002475; PMCID: PMC11852439.


