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Flow, hypnose du sport et préparation mentale : état optimal

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    Cabinet de TOMBEUR
  • il y a 2 jours
  • 5 min de lecture

Flow, hypnose du sport et préparation mentale : comprendre l’état optimal avec les neurosciences


Coureur en pleine foulée, symbolisant l’énergie, la concentration et l’état de flow, en lien avec l’hypnose du sport et la préparation mentale.
Flow, hypnose du sport – Cabinet de Tombeur, Saint‑Nazaire

L'état de flow, ou état psychologique optimal, est une expérience d'immersion totale dans une activité, caractérisée par une concentration intense, un sentiment de contrôle et une distorsion de la perception du temps. Identifié par Csikszentmihalyi dans les années 1970, ce concept a depuis été exploré sous l'angle des neurosciences. Cet article rappelle les neuf dimensions du flow, expose des travaux récents sur ses bases cérébrales (réseaux de l'attention, dopamine, neurones miroirs) et montre comment l'hypnose du sport, définie comme un état de conscience modifié, peut contribuer à créer les conditions de son apparition. Une brève mise en perspective avec l'EMDR est proposée, dans les limites des données disponibles.


Introduction


Le concept de flow, développé par Mihaly Csikszentmihalyi (1975), décrit un état d'activation optimale dans lequel la personne est complètement absorbée par ce qu'elle fait. Dans le domaine sportif, cet état est souvent appelé « la zone » ou « pic de performance ». Il est associé à une amélioration des performances, à des émotions positives et à une diminution de l'anxiété (Jackson & Csikszentmihalyi, 1999).


Les progrès des neurosciences ont permis de mieux comprendre ce qui se passe dans le cerveau pendant le flow, ouvrant la voie à des stratégies pratiques pour le favoriser. L'hypnose du sport, en tant qu'état de conscience modifié caractérisé par une focalisation intense de l'attention, partage plusieurs mécanismes cérébraux avec le flow. La thérapie EMDR, quant à elle, pourrait indirectement faciliter l'accès à cet état en réduisant les blocages émotionnels, bien que les preuves directes dans le domaine sportif restent limitées.


Les neuf dimensions du flow


Jackson et Csikszentmihalyi (1999) ont précisé neuf indicateurs qui caractérisent l'état de flow :


  1. Équilibre défi‑compétences : la personne perçoit une correspondance entre la difficulté de la tâche et ses propres capacités.

  2. Clarté des buts : les objectifs sont précis et immédiats.

  3. Fusion action‑conscience : les gestes se déroulent automatiquement, sans effort conscient.

  4. Transformation de la perception du temps : le temps semble s'accélérer ou ralentir.

  5. Perte de la conscience de soi : l'attention est tournée vers la tâche, non vers l'image de soi.

  6. Feedback immédiat et clair : la personne reçoit en continu des informations sur sa performance.

  7. Concentration totale sur la tâche : aucune pensée parasite ne perturbe l'action.

  8. Sentiment de contrôle : la personne a l'impression de pouvoir réussir même dans des situations difficiles.

  9. Expérience autotélique : l'activité est gratifiante par elle-même, au-delà de tout résultat extérieur.


Ce que les neurosciences nous apprennent sur le flow


Les études en neuro-imagerie ont identifié les principaux réseaux cérébraux impliqués dans l'état de flow. Une revue systématique de Klasen et al. (2019) montre que le flow s'accompagne d'une activation du réseau exécutif central (impliqué dans la concentration et la prise de décision) et d'une désactivation relative du réseau du mode par défaut, qui est habituellement actif lors des pensées vagabondes et de l'auto‑évaluation. Cette désactivation explique la perte de conscience de soi et l'absence de ruminations caractéristiques du flow.

Sur le plan neurochimique, le flow est associé à une libération de dopamine dans le striatum, ce qui renforce la motivation et la sensation de plaisir (Ulrich et al., 2014). Cette récompense immédiate favorise la répétition de l'activité et l'apprentissage des gestes techniques.


Neurones miroirs et préparation mentale


Les neurones miroirs, découverts par Rizzolatti et son équipe (2004), sont des cellules cérébrales qui s'activent à la fois lorsque l'on exécute une action et lorsque l'on observe quelqu'un d'autre la réaliser. Ils jouent un rôle essentiel dans l'imitation, la compréhension des intentions et l'apprentissage moteur. En préparation mentale, le simple fait d'observer un geste ou de s'imaginer en train de l'exécuter (imagerie motrice) recrute ces mêmes circuits neuronaux (Jeannerod, 2001). Ce phénomène explique en partie pourquoi la répétition mentale peut améliorer la performance : elle renforce les connexions cérébrales sans fatigue physique, préparant ainsi le cerveau à entrer plus facilement en flow lors de l'exécution réelle.


Hypnose du sport et état de conscience modifié


L'hypnose est définie comme un état de conscience modifié caractérisé par une absorption intense dans une expérience intérieure, une réduction de la perception de l'environnement extérieur et une sensibilité accrue aux suggestions (Oakley & Halligan, 2013). Les études d'imagerie cérébrale (Faymonville et al., 2006) montrent que l'hypnose module l'activité du cortex cingulaire antérieur (impliqué dans la régulation de l'attention) et du cortex préfrontal dorsolatéral, facilitant ainsi la focalisation sélective et la diminution des distractions.


Ces mécanismes sont très proches de ceux du flow. Dans les deux cas, on observe une concentration extrême et une diminution de l'activité du réseau du mode par défaut (Rainville et al., 2002). L'hypnose peut donc être utilisée comme un outil pour entraîner le cerveau à atteindre plus rapidement l'état de focalisation nécessaire au flow. Des études de cas ont montré que des séances d'hypnose avant une compétition peuvent augmenter la probabilité d'entrer en flow et améliorer la performance (Pates & Maynard, 2000).


L'EMDR, une piste complémentaire


La thérapie EMDR (désensibilisation et retraitement par les mouvements oculaires) est principalement indiquée pour le traitement du stress post‑traumatique. Des observations préliminaires suggèrent qu'elle pourrait aider certains sportifs à surmonter des blocages émotionnels liés à un échec ou un accident, ce qui, indirectement, libère des ressources attentionnelles (Cowen & Bruner, 2020, étude de cas unique). Toutefois, il n'existe pas à ce jour d'essai clinique contrôlé démontrant un effet direct de l'EMDR sur l'entrée en flow ou la performance sportive.


Sur le plan neurobiologique, l'EMDR module l'activité du cortex préfrontal et de l'amygdale (Shapiro, 2018), des régions impliquées dans la régulation des émotions. Un sportif qui souffre d'anxiété de performance ou de souvenirs perturbants pourrait donc bénéficier de l'EMDR pour apaiser ces réactions, créant un terrain plus favorable à la concentration et, potentiellement, au flow. Ces pistes restent théoriques et doivent être explorées par des recherches futures.


Conclusion


Le flow est un état psychologique optimal qui repose sur des bases cérébrales bien identifiées : diminution des pensées parasites, activation des réseaux de l'attention et libération de dopamine. Les neurones miroirs et l'imagerie motrice permettent de préparer le cerveau à la performance, tandis que l'hypnose du sport – état de conscience modifié – facilite la focalisation intense. L'EMDR, en levant les blocages émotionnels, pourrait compléter ces approches, mais les preuves directes dans le sport font encore défaut. Ensemble, ces outils offrent des pistes concrètes aux sportifs et à leurs accompagnants pour favoriser l'apparition du flow, sans jamais le forcer.



Csikszentmihalyi, M. (1975). Beyond Boredom and Anxiety. Jossey‑Bass.

Jackson, S. A., & Csikszentmihalyi, M. (1999). Flow in Sports. Human Kinetics.

Klasen, M., et al. (2019). The brain in flow: A systematic review on the neural correlates of the flow state. Neuroscience & Biobehavioral Reviews, 98, 123‑134.

Ulrich, M., et al. (2014). Neural correlates of flow experience. Social Cognitive and Affective Neuroscience, 9(7), 987‑993.

Rizzolatti, G., & Craighero, L. (2004). The mirror‑neuron system. Annual Review of Neuroscience, 27, 169‑192.

Jeannerod, M. (2001). Neural simulation of action: A unifying mechanism for motor cognition. NeuroImage, 14(1), S103‑S109.

Oakley, D. A., & Halligan, P. W. (2013). Hypnosis as an altered state of consciousness. Cortex, 49(2), 341‑357.

Faymonville, M. E., et al. (2006). Brain mechanisms of hypnosis. Annales Médico‑Psychologiques, 164(5), 407‑414.

Pates, J., & Maynard, I. (2000). Effects of hypnosis on flow states and golf performance. Perceptual and Motor Skills, 91(3), 1057‑1069.

Cowen, D., & Bruner, J. (2020). EMDR in sport: A case study. Journal of EMDR Practice and Research, 14(3), 212‑220.

Shapiro, F. (2018). Eye Movement Desensitization and Reprocessing (EMDR) Therapy. Guilford Press.

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