Efficacité de l'EMDR sur le stress après un accident de la route et un traumatisme crânien : une étude de cas
- Cabinet de TOMBEUR

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Résumé de l'étude : L’EMDR a été utilisée pour traiter le stress et le traumatisme après un accident de la route grave | Une étude de cas unique, publiée en 2024 dans le Journal of EMDR Practice and Research, rapporte l’utilisation de la thérapie EMDR (désensibilisation et retraitement par les mouvements oculaires) chez une femme de 23 ans victime d’un accident de la route frontal. Le conducteur est décédé. La patiente présentait un traumatisme crânien sévère, un état de stress post‑traumatique (PTSD), une anxiété marquée et des troubles cognitifs touchant la mémoire, l’attention et les fonctions exécutives. Une seule séance d’EMDR de 40 minutes, adaptée à ses difficultés cognitives, a été réalisée. Les résultats montrent une réduction significative et durable du stress post‑traumatique et de l’anxiété, maintenue à trois mois.
Contexte et indications de l'EMDR
Les traumatismes crâniens sévères touchent de nombreuses personnes chaque année. Au-delà des séquelles physiques et cognitives, ils entraînent fréquemment une détresse émotionnelle intense : anxiété, dépression et, dans certains cas, un état de stress post-traumatique (PTSD). Même lorsque la personne ne garde aucun souvenir explicite de l'accident (amnésie post-traumatique), le corps peut enregistrer la peur et développer des symptômes invalidants : reviviscences, hypervigilance, irritabilité, troubles du sommeil.
La thérapie EMDR, recommandée pour le traitement du PTSD, présente un intérêt particulier chez les personnes cérébrolésées. Contrairement aux thérapies qui exigent un récit verbal détaillé de l'accident, l'EMDR ne nécessite pas de narration complète. Elle cible directement la mémoire émotionnelle et les sensations corporelles associées au traumatisme, ce qui la rend accessible même en cas de troubles cognitifs importants. Cette étude de cas est la première à documenter une adaptation spécifique de l'EMDR aux difficultés cognitives d'un patient victime d'un TC sévère.
Méthode : une étude de cas unique avec suivi à trois mois
La patiente, âgée de 23 ans, a été victime d'un accident de la route frontal. Le conducteur est décédé. Elle a subi un traumatisme crânien sévère (contusion bifrontale, lésion axonale diffuse, hémorragie intracrânienne), suivi d'un coma de trois mois. À son réveil, elle présentait des troubles cognitifs majeurs : déficit de l'attention, distractibilité, difficultés de mémoire immédiate et différée, troubles du langage et de la perception visuo-spatiale, ainsi qu'une négligence visuelle du côté gauche.
Sur le plan émotionnel, elle évoquait régulièrement le moment où elle avait appris qu'elle avait été impliquée dans un accident mortel. Une évaluation standardisée confirmait un PTSD sévère, une anxiété élevée et une humeur dépressive modérée.
L'intervention a consisté en une séance unique d'EMDR de 40 minutes, adaptée selon l'approche dite « cognitive strategy approach EMDR ». Cette adaptation intègre des stratégies de rééducation cognitive pour compenser les déficits de mémoire et d'attention : réduction des distractions, utilisation d'aides écrites, guidage verbal plus explicite, et stimulation bilatérale par tapotements tactiles (TheraTappers) en raison des troubles visuo-spatiaux. Le souvenir cible était le réveil à l'hôpital et la prise de conscience des conséquences de l'accident.
Les symptômes ont été mesurés avant, immédiatement après la séance, et trois mois plus tard, avec des échelles validées du PTSD (CAPS-5, IES-R) et de l'anxiété/dépression (HADS).
Résultats
Les résultats sont résumés dans le tableau suivant :
Mesure | Avant | Après (1 séance) | Suivi à 3 mois |
PTSD (CAPS-5) | 54/80 (sévère) | 0/80 (résolu) | 0/80 |
PTSD (IES-R) | 68/88 (sévère) | 3/88 (normal) | 0/88 |
Anxiété (HADS) | 12/21 (élevée) | 6/21 (modérée) | 0/21 (normale) |
Dépression (HADS) | 2/21 (faible) | 0/21 | 0/21 |
Détresse subjective (SUDS) | 9/10 | 0/10 | 0/10 |
La réduction du PTSD et de l'anxiété est statistiquement significative sur les indices de changement fiable. Les bénéfices se sont maintenus, voire améliorés, à trois mois. Aucun effet indésirable n'a été rapporté.
Discussion et limites
Cette étude de cas montre qu'une séance unique d'EMDR adaptée peut réduire de manière significative les symptômes de PTSD et d'anxiété après un traumatisme crânien sévère, y compris chez une personne présentant des troubles cognitifs majeurs. L'amélioration s'est accompagnée d'une meilleure participation aux séances de rééducation (kinésithérapie, ergothérapie).
Les adaptations utilisées (guidage explicite, utilisation d'aides écrites, stimulation tactile, séances courtes) rendent l'EMDR accessible à des patients souvent exclus des psychothérapies classiques en raison de leurs difficultés cognitives. L'absence de besoin de narration détaillée de l'accident est un atout majeur chez les personnes ne pouvant pas verbaliser clairement leur vécu traumatique.
La principale limite est qu'il s'agit d'une étude de cas unique. Les résultats ne peuvent pas être généralisés sans études complémentaires, notamment des essais cliniques randomisés. La patiente bénéficiait par ailleurs d'un environnement de rééducation très encadré, ce qui a pu favoriser sa participation.
Conclusion
L’EMDR, même pratiquée en une séance unique et adaptée aux déficits cognitifs, peut réduire significativement les symptômes de stress post-traumatique et d’anxiété après un traumatisme crânien sévère. Cette approche ouvre des perspectives pour la prise en charge des personnes cérébrolésées, souvent exclues des thérapies classiques du trauma. Des études contrôlées de plus grande ampleur sont nécessaires pour confirmer ces résultats encourageants.
Hutchins J, Simblett S. A Cognitive Strategy Approach to EMDR for Trauma Post Severe Traumatic Brain Injury: A Single-Case Feasibility and Acceptability Study. J EMDR Pract Res. 2024;18(3):118. doi:10.1891/EMDR-2024-0028.


